Matthew Bergeron : de Victoriaville à Syracuse

Pour le Québécois Matthew Bergeron, ce qui n’était au début qu’un passe-temps s’est transformé en un sport où un futur chez les professionnels est envisageable. Au terme de sa première saison au sein des rangs universitaires américains, le plaqueur offensif se dit fier de sa progression et fébrile à l’idée de ce qui l’attend.

Arrivé sur le campus de l’université Syracuse il y a tout juste un an, Bergeron propose déjà une contribution intéressante à sa formation, particulièrement pour un freshman. Perçant l’alignement partant vers le milieu de la saison (une première à sa position depuis Quinn Ojinnaka en 2002), il est maintenant un membre à temps plein de la ligne offensive titulaire – et s’en dit satisfait.

« La chose dont je suis le plus fier, ce n’est pas d’être devenu partant, mais de l’être resté », a avancé le gaillard de 6 pieds 5 pouces, 310 livres, lors d’un entretien téléphonique samedi.

L’athlète originaire de Victoriaville décrit l’expérience NCAA de fort impressionnante, avant que la poussière retombe et que ce qui rendait le tout grandiose devienne routinier.

« En comparaison avec le Québec, le campus est impressionnant : comment on te pousse à t’entraîner, comment on prend soin de toi. Puis ça devient la routine, et tu commences à penser à tes performances, à te concentrer là-dessus. »

– Matthew Bergeron
View this post on Instagram

La vie d’artiste.

A post shared by Matthew K.Bergeron?? (@matthewk.kunta) on

Arborant le numéro 60 sur le terrain, le jeune footballeur ne cache pas qu’il peut y avoir quelques inconvénients avec sa situation. Les sept heures de route le séparant de ses proches l’empêche de les voir aussi souvent qu’il le souhaiterait, mais il est conscient que c’est un sacrifice à faire en lien avec la décision de partir loin de chez lui – au sud de la frontière canado-américaine.

Sacrifice qui en aura valu la peine, si l’on se fie à sa nomination dans la All-Freshman Second Team de la Atlantic Coast Conference (ACC) par Pro Football Focus, site spécialisé dans l’analyse approfondie du football de la NFL et de la première division collégiale aux États-Unis.

Le recrutement

Après avoir complété sa première saison dans l’uniforme des Filons du Cégep de Thetford Mines, le plaqueur a pris part à un camp estival co-organisé par une poignée d’universités américaines ayant l’intention d’aller améliorer leur bassin en allant chercher quelques espoirs dans la région du Québec.

View this post on Instagram

Offset

A post shared by Matthew K.Bergeron?? (@matthewk.kunta) on

Ayant depuis belle lurette eu l’intention de jouer d’abord au collégial et enfin pour un prestigieux programme québécois comme celui des Carabins de Montréal ou du Rouge et Or de Laval, Bergeron voyait à la base le voyage comme une simple opportunité de s’entraîner dans un climat différent, de voir à quoi ça ressemblait aux states.

Quelques jours plus tard, il revenait au Canada, trois offres D-I en poche.

« La calibre n’était pas aussi impressionnant que ce que j’aurais pensé. Je me démarquais, j’ai été approché autant par les joueurs que les entraîneurs », explique-t-il.

Dans un camp de recrutement de ce genre, les joueurs sont séparés et répartis sur différentes sections du terrain selon leur position. Jumelé au responsable des joueurs de ligne offensive du Orange, Mike Cavannaugh, Matthew a tout de suite senti que ça cliquait.

S’il a aussi reçu des offres de la part de Buffalo et Rutgers, le jeune athlète se voyait mieux poursuivre son parcours avec Syracuse.

« Il me faisait la conversation, il me donnait des trucs. Je n’avais pas le même sentiment, la même proximité avec les entraîneurs des autres universités », indique le plaqueur en justifiant sa décision.

L’élément déclencheur

Se comparant en riant à une petite boule d’énergie lorsqu’il était jeune, Matthew explique que sa mère l’a inscrit au programme Football Jeunesse, une initiative permettant aux jeunes de sixième année du primaire des régions de Victoriaville, Drummondville et Trois-Rivières d’y jouer au niveau récréatif.

C’est ce qui l’a poussé à choisir l’option football au secondaire. Les trois premières années, le victoriavillois ne se rendait pas vraiment compte de l’étendue de son talent. L’élément déclencheur, ça a été sa participation à la Coupe Spalding, compétition annuelle regroupant les meilleurs joueurs de la province.

« Un entraîneur m’a pris à part du groupe. Il m’a expliqué que j’avais un bon potentiel, et que je devais prendre une décision. Ma vie sociale, mon temps libre, ou bien me concentrer sur le football et prendre ça plus au sérieux. »

– Matthew Bergeron

Le seul espoir de l’histoire de Thetford a avoir reçu une offre de Division-I, Bergeron s’est engagé envers le cégep en sachant que l’objectif était de le faire « traverser la frontière ».

Approché par plusieurs écoles, c’est cette mentalité et la proximité qu’il a ressentie en discutant avec le personnel d’entraîneurs qui a fait pencher la balance en faveur des Filons.

Objectifs futurs

Aujourd’hui âgé de 20 ans, Matthew rêve comme tout joueur d’inscrire son nom à la liste du repêchage de la NFL, objectif qu’il ne considère « pas donné, mais tout de même réalisable ».

Sauf qu’avec encore trois années à faire à Syracuse, Bergeron ne sera pas éligible avant 2023. Ça lui laisse le temps d’avoir des buts à plus court terme, comme celui d’inscrire son nom sur une équipe All-ACC – et éventuellement sur une équipe All-American.

En 2019, le Orange a connu une campagne pour le moins difficile. Après avoir récolté dix victoires en treize matchs l’année précédente, la troupe de Dino Babers a cumulé un dossier 5-7.

Bon nombre de ces défaites peuvent être attribuées à un changement de coordonnateur défensif en milieu de calendrier, événement qui est venu chambouler la stabilité de l’équipe durant quelques semaines. Mais il faut également reconnaître qu’avant l’insertion de Matthew, la ligne offensive connaissait quelques problèmes – jusqu’à en être considérée comme l’une des pires au pays.

« Mon objectif pour la ligne offensive, c’est d’avoir une réputation comme quoi on n’alloue pas beaucoup de sacs du quart », explique le plaqueur, qui a eu un impact immédiat à son arrivée.

Bergeron est confiant pour la suite des choses. Il se sent en sécurité en sachant que le demi de sûreté Andre Cisco – meneur de la brigade défensive de son université et joueur All-American – continue de s’établir comme l’un des éléments-clés de l’équipe.

View this post on Instagram

“You lookin for this? ?”

A post shared by Andre Cisco (516) (@ochocisco) on

Reconnaissant pour ce que le football lui a apporté, le Québécois de 20 ans entend bien en faire son métier d’ici quelques années.

« Le football m’a donné l’occasion d’aller à l’université et m’a poussé à aller au cégep. […] La NFL, la Ligue Canadienne… tant que je suis payé pour y jouer plus tard, je suis heureux. »

– Matthew Bergeron

Entrevue exclusive de William Thériault, pour Attitude Football.

Image par défaut
William Thériault
William est un véritable passionné d'actualité et d'information. Rêveur se démenant au quotidien, il a le journalisme pour vocation. Le sport, c'est son amour de jeunesse.
Publications: 51